Dans les ruines de l’université (Bill Readings)

Le rôle de l’université fait aujourd’hui l’objet d’un âpre débat. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère ou assistons-nous au crépuscule de la fonction sociale de cette institution séculaire ? Pour le savoir, Bill Readings examine le sens qu’on a donné à l’université en Occident au fil des siècles. Faisant ressortir les liens existant entre cette évolution et le déclin de l’État-nation, il s’attarde sur l’émergence des Cultural Studies, pour lui symptôme de la disparition de la culture nationale comme justification de l’existence de l’université. Désormais gérée selon la rhétorique de « l’excellence », cette dernière est devenue un marché de production, d’échange et de consommation comme un autre. Peut-on tirer quelque chose de cette institution transformée ? S’inspirant, entre autres, de Lyotard, Derrida et Agamben, Readings offre des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau.« Readings lance un appel aux armes à ceux d’entre nous qui vivent et travaillent dans les universités [et] nous exhorte à bâtir quelque chose de différent. »David Harvey, The Atlantic

Les dissidences de l’Islam (Kitâb al-milal)

Né à Shahristân dans le Tadjikistan, où il meurt en 1158 à l âge de 90 ans, Shahrastânî illustre l esprit libre dans ce qu il a de plus fort, de plus pur. Philosophe, rompu aux textes classiques grecs, persans et arabes, doublé d un historien des religions précurseur, il étudia le phénomène religieux de manière scientifique. Ce qui lui permit d en dévoiler le pendant dogmatiste et, partant, hérésiologiste qui conduisent inévitablement au fanatisme, à l intolérance, à la violence. Auteur de plusieurs ouvrages réfutant les systèmes préétablis, il critiqua d abord la théologie islamique, dans un langage franchement philosophique mais fondé dans la Révélation qui, pour lui, est une source de savoir supra-humain qui renseigne la Raison. Son commentaire du Coran suffit à démontrer qu il ne se soumettait à aucune école de pensée mais prenait ce qu il lui paraissait bon et bien là où il le trouvait. Partant de considérations sur la compilation, -rédaction ?- du Coran, il en donne un copieux commentaire des deux premières sourates.

L’exercice du bonheur (Albert Memmi)

Le bonheur individuel n’est pas une valeur mineure ou annexe dans la conduite de l’existence, ni scandaleuse et illégitime. Il en est un ingrédient essentiel. «La recherche du bonheur ne mène nulle part», écrit un publiciste mélancolique. Il a un peu raison : elle ne mènerait qu’au bonheur ; mais est-ce donc rien ?. Il arrive que l’on nous demande, avec quelque ironie : «Que proposez-vous de positif, vous, les humanistes, à la crise qui secoue les esprits ?» C’est simple : nous rappelons que l’homme doit redevenir le but de la pédagogie et de la politique ; que rien, ni les groupes, ni les idéaux, sans les mésestimer dans nos existences, ne sauraient le surpasser dans nos préoccupations. Est-ce donc ne rien proposer ? Qui prétend à mieux ?

Le rêve des machines (Gunther Anders)

Inquiet des conséquences de l’arrestation de F.G. Powers en URSS, en pleine guerre froide, le philosophe lui adresse une lettre en 1960 évoquant le risque de guerre nucléaire. Ce message resté sans réponse est suivi d’une deuxième lettre, dans laquelle il explique au pilote américain comment il est devenu le rouage d’un système inhumain et dénonce la toute-puissance de la technique.

Petit guide d’autodéfense intellectuel (Normad Baillargeon)

Rédigé dans une langue claire et accessible et illustré par Charb, cet ouvrage constitue une véritable initiation à la pensée critique, plus que jamais indispensable à quiconque veut assurer son autodéfense intellectuelle.

On y trouvera d’abord un large survol des outils fondamentaux que doit maîtriser tout penseur critique : le langage, la logique, la rhétorique, les nombres, les probabilités, la statistique etc. ; ceux-ci sont ensuite appliqués à la justification des croyances dans trois domaines cruciaux : l’expérience personnelle, la science et les médias.

Essais sur la croyance et l’incroyance (Pierre Vadeboncoeur)

Sans la croyance, rien ne marcherait. C’est la faiblesse de la pensée rationaliste de s’imaginer que s’il n’y avait que la raison, tout marcherait, au contraire. On méprise la croyance, mais c’est par une vue incroyablement courte. La vérité a cependant tous les droits. Contre la croyance, contre l’incroyance, contre le doute. Toujours la culture s’est appuyée sur une représentation du réel et jamais autant sur la réalité même. Pratiquer une brèche. Casser un conformisme. Reprendre une liberté. Rouvrir un territoire. Mon livre n’a pas beaucoup d’autres buts.

Le spectateur émancipé (Jacques Rancière)

« Celui qui voit ne sait pas voir » : cette présupposition traverse notre histoire, de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle. Elle est commune au philosophe qui veut que chacun soit à sa place et aux révolutionnaires qui veulent arracher les dominés aux illusions qui les y maintiennent.

Certains emploient explications subtiles ou installations spectaculaires pour montrer aux aveugles ce qu’ils ne voient pas. D’autres veulent couper le mal à sa racine en transformant le spectacle en action et le spectateur en homme agissant.

Les études réunies ici opposent à ces deux stratégies une simple hypothèse : le fait de voir ne comporte aucune infirmité ; la transformation en spectateurs de ceux qui étaient voués aux contraintes et aux hiérarchies de l’action a pu contribuer à bouleverser les positions sociales ; et la dénonciation de l’homme aliéné par l’excès des images a d’abord été la réponse de l’ordre dominant à ce désordre. L’émancipation du spectateur, c’est alors l’affirmation de sa capacité de voir ce qu’il voit et de savoir quoi en penser et quoi en faire.

En examinant quelques formes et débats de l’art contemporain, ce livre tente de répondre aux questions : qu’entendre par art politique ou politique de l’art ? Où en sommes-nous avec la tradition de l’art critique et avec le désir de mettre l’art dans la vie ? Comment la critique militante de la marchandise et de l’image est-elle devenue l’affirmation mélancolique de leur toute-puissance ou la dénonciation réactionnaire de l’« homme démocratique » ?

Foucault en Californie (Simeon Wade)

Demeuré inédit pendant plus de quarante ans, ce témoignage consigné par un jeune universitaire californien relate cette nuit de mai 1975 dans la Vallée de la Mort du désert des Mojaves, lors de laquelle, avec d’autres Américains, il a entraîné le philosophe français M. Foucault à ingérer une dose de LSD. Un récit détaillé d’un épisode biographique longtemps tenu pour sujet à caution.

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