Les mirages de l’IA (IRIS)

Il y a des chiffres qui donnent le vertige: Open AI, l’entreprise derrière l’agent conversationnel ChatGPT, a conclu un accord de 53 milliards $CA avec la filiale d’Amazon AWS pour s’assurer un accès à ses services infonuagiques. La compagnie américaine, qui envisage d’entrer en bourse dans les prochains mois, a pris des engagements totaux d’une valeur de 1400 milliards $US auprès de fournisseurs d’infonuagique et de semi-conducteurs, des technologies nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.

Les fonds qui sont investis globalement dans le secteur de l’IA sont si importants que certains comme le président du Forum économique mondial mettent en garde face à la possibilité que l’on soit devant une bulle spéculative.

Pourtant, ce risque est loin d’avoir freiné son adoption par une quantité toujours plus grande d’organisations publiques et privées. Comme bien d’autres, Ottawa a dans les dernières années cédé au chant des sirènes. Le budget déposé cette semaine par les libéraux fédéraux présente l’adoption « à grande échelle » de l’IA par le gouvernement comme une mesure censée réduire les dépenses publiques. Le gouvernement québécois misait lui aussi dans son plan budgétaire présenté au printemps sur l’IA pour « améliorer la qualité des services publics et l’efficience de l’État. »

Si la puissance indéniable de l’IA explique son utilisation massive, rien n’indique pour l’instant qu’elle permettra aux organisations qui l’emploient d’économiser temps ou argent. Jusqu’ici, des études ont au contraire montré qu’elle n’avait aucun effet sur le temps de travail du personnel ou sur les entreprises, ou qu’elle pouvait carrément nuire à la productivité des travailleuses et des travailleurs.

Face à des résultats pour l’instant mitigés, les États devraient faire preuve de prudence à l’égard de l’intelligence artificielle et s’abstenir de donner des contrats à des entreprises privées en phase d’expérimentation sous prétexte de diminuer les dépenses gouvernementales.